Épisode #44
Le masculin mis en "valeurs"
Il y a des chiffres qui font l’effet d’une gifle.En France, 96,3 % des personnes détenues sont des hommes. À partir de ce constat, l’historienne Lucile Peytavin a eu une idée aussi simple que redoutable : et si l’on chiffrait ce que coûte, collectivement, cette virilité que l’on valorise depuis l’enfance ?
Pas les hommes. La virilité.
Celle qui apprend aux garçons à ne pas pleurer, à prendre des risques, à foncer, à dominer, à ne pas “faire fille”. Celle qu’on excuse souvent, qu’on romantise parfois, qu’on met en scène partout, des cours de récré aux films de gangsters, de Scarface à Fast and Furious.
Dans Le coût de la virilité (éditions Anne Carrière), Lucile Peytavin utilise les outils de l’économie pour mesurer le prix de cette surreprésentation masculine dans les violences, la délinquance, la criminalité et les conduites à risque. Police, justice, santé, sécurité routière, violences conjugales, homicides, accidents, maltraitance : l’addition est vertigineuse, près de 100 milliards d’euros par an.
Cet entretien fera peut-être grincer quelques dents. Tant mieux. Il ne s’agit pas de désigner un ennemi, mais de regarder froidement une facture que tout le monde paie : les femmes, les enfants, les hommes eux-mêmes, les victimes, les contribuables, la société entière.
Et de poser une question presque révolutionnaire : si l’on éduquait les garçons autrement, qu’est-ce qu’on économiserait ?
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